Edouard d’Espalungue : “Un imam, un rabbin et des prêtres autour de Benoît XVI”

Edouard d’Espalungue : “Un imam, un rabbin et des prêtres autour de Benoît XVI”

Selon Edouard d’Espalungue, “plusieurs livres ont été publiés depuis la démission du Pape Benoît XVI en 2013 et l’un d’entre eux, Benoît XVI, l’héritage. Regards croisés sur un pontificat, consiste en une réunion de religieux de différents bords, invités à réfléchir sur le bilan, l’héritage théologique, spirituel, de l’ex-pape. Moins médiatique que son prédécesseur, Jean-Paul II, et succédé à la tête de l’Eglise catholique par le pape François, également beaucoup plus à l’aise dans les médias, celui qu’on a appelé le « pape allemand » a parfois eu des difficultés pour trouver le ton juste”.

Est-ce à dire que Benoît XVI a été inaudible pour les autres, et plus précisément pour ceux qui représentent les grands monothéismes ? interroge Edouard d’Espalungue. Qu’ont pensé de lui le rabbin, l’imam, le pasteur protestant, mais aussi ceux qui forment les grands courants de l’Eglise catholique de France ? 

On a parlé en effet durant son pontificat de rapprochement avec la Fraternité Saint Pie X. Qu’en reste-t-il ? Edouard d’Espalungue d’Arros, coordinateur de l’ouvrage, rappelle dans l’introduction qu’il lui semblait « intéressant d’incorporer un courant plus traditionnel de l’Église catholique [la Fraternité Saint Pie X], afin de contrebalancer un courant qui se veut plus moderniste (Opus Dei) et un courant plus mainstream, l’association Saint Vincent de Paul », ces deux derniers étant également représentés avec leurs contributions respectives par les abbés Claude Petit-Delmas et Bernard Massarini.

Edouard d’Espalungue, un catholique marseillais

C’est à Marseille que nous retrouvons Edouard d’Espalungue en ce mois de décembre 2021. Rendez-vous pris devant la grande Eglise Saint Vincent de Paul située au bout de la Canebière. Nous déambulons peu après le long de l’avenue préférée des Marseillais afin de rejoindre le restaurant Une Table, au Sud, où l’auteur a ses habitudes. Directeur de fonds d’investissement et écrivain, il évoque une double culture financière et littéraire qui ne manque pas d’étonner dans le monde feutré des congrégations à Marseille. Dans le Ier arrondissement, à la sortie de l’Église Saint Vincent de Paul, des paroissiens nous rappellent que déjà, lorsqu’il était président des jeunes de la Société Saint Vincent de Paul à Marseille, Edouard d’Espalungue avait un double engagement, à la fois religieux et social, avec l’organisation de banques alimentaires afin de lutter contre la pauvreté dans les banlieues. Avec Benoît XVI, l’héritage. Regards croisés sur un pontificat, Edouard d’Espalungue s’inscrit dans une démarche volontariste, de communication, afin de mieux faire connaître auprès du grand public un pape « trop souvent incompris et pourtant plus en phase avec son époque qu’on ne le croit » nous indique-t-il. 

Un livre, témoignage d’une époque

Nous nous attablons à l’étage qui donne directement sur le Vieux Port. L’ambiance est festive, les touristes et badauds se promènent devant nous, plus bas, et s’arrêtent pour admirer les nombreux voiliers amarrés au soleil. La légère brise qui se fait sentir aux alentours de midi ne nous empêche pas de nous débarrasser de nos vestes afin d’être tout à fait à l’aise. Alors que nous nous apprêtons à commander, un paroissien reconnaît Edouard d’Espalungue et le remercie pour la signature de son livre faite il y a quelques semaines à la bibliothèque l’Alcazar, en plein cours Belsunze. Il évoque alors sous le ton de la confidence les nombreux retours positifs des lecteurs : « ce livre est d’abord un témoignage dans lequel les français se retrouvent. Il faut bien comprendre qu’à la lecture de cet ouvrage, nombreux sont ceux qui redécouvrent Benoît XVI et qui comprennent qu’il faut effectivement aller plus loin que la couverture médiatique pour saisir la profondeur de son message sur la foi et la raison ». Référence à peine voilée au fameux discours de Ratisbonne de 2006, intitulé « Foi, raison et université – Souvenirs et réflexions », via lequel l’ex-pape avait lancé une condamnation claire et motivée contre la violence exercée au nom de la religion. 

Edouard d’Espalungue relève le très bon accueil des radios catholiques

Invité par Radio Notre Dame à Paris, on lui avait alors demandé comment il avait réussi à rassembler autant de personnalités différentes. Edouard d’Espalungue nous explique que la clé de la réussite d’un tel projet éditorial est de savoir qui contacter, à quel moment, et en ayant défini des objectifs bien précis. Tous ont joué le jeu, que ce soit l’évêque orthodoxe Laurent Motte ou l’imam Abdessalem Souiki. Les éloges ont suivis, comme sur Radio Fidélité qui a fait savoir à ses lecteurs dans sa chronique littéraire qu’ils ont découvert « un petit livre original et riche d’enseignement et de sens, grâce aux regards croisés (philosophique, juif, musulman, orthodoxe et catholiques de spiritualités diverses) sur un pape qui a décidément encore beaucoup à nous apprendre ».  

Edouard d’Espalungue : “Je voulais dès le début une qualité des contributions”

Nous continuons sur un plat de thon rouge, mi-cuit, cromesquis et légumes d’hiver. Le Vieux Port se remplit de plus en plus au fur et à mesure de l’après-midi. Des vendeurs de bouteilles d’eau haranguent les touristes les plus timides qui se résolvent sans trop de difficulté à l’achat de petites Evian alors que la journée se fait plus chaude. Edouard d’Espalungue décrit le processus d’écriture : « il me fallait d’abord être très clair quant au niveau d’exigence des contributions, dans quel contexte elles allaient être publiées et avec qui ». À la question de la relecture et de la validation des écrits, il rappelle que « l’aide d’une équipe éditoriale expérimentée au sein des éditions Beauchesne, et en particulier la veille attentive du directeur, Jean-Etienne Mittelman, devenu depuis un ami, a été cruciale pour s’assurer de la qualité des articles fournis ». Il rappelle néanmoins que « si la longueur et le format des contributions restent très hétérogènes, c’est parce que l’originalité des écrits exigeait de laisser un maximum de liberté aux auteurs ».

Un prochain livre sur le pape François ? 

La question d’un livre sur le pape François est-elle d’actualité ? Rien n’est moins sûr selon Edouard d’Espalungue qui souligne un agenda très chargé. La direction d’un fonds d’investissement, la demande croissante des investisseurs pour de nouvelles classes d’actifs numériques, l’empêchent de pouvoir se concentrer sur l’écriture d’un livre sur le pape François. Une fois le dessert – châtaigne (praliné noisette) – terminé, il esquisse cependant le souhait de collaborer à nouveau avec l’administrateur apostolique de l’archidiocèse de Paris, Georges Pontier. Il l’a bien connu comme archevêque de Marseille entre 2006 et 2019 et juge essentiel un approfondissement de la relation laïc-religieux afin de mieux faire connaître la pensée du pape François. 

Edouard d’Espalungue.

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